L’arène

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À quoi peut bien servir un blog ? Et un blog lié à la politique en plus (un autre) ?

La politique suscite en gros deux réactions.

La volonté d’entrer dans l’arène – celle de l’action ou celle des idées, si éloignées et si proches – pour y combattre au nom de la justice et de ce qu’on croit être le bien, ou du moins le mieux, ou même le moins pire. Entrer dans l’arène par nécessité, par solidarité, par agacement, par défi, par ambition, par goût du bruit, par besoin d’employer son énergie – il faut bien se dépenser quelque part – ou encore animé par cette vieille idée : ne pas laisser tout l’espace et toute l’influence aux médiocres (idée trop flatteuse, mais qui n’a pas parfois l’orgueil de penser avoir aussi son rôle à jouer ?)

La volonté contraire de prendre ses distances, d’aller voir ailleurs, d’aller faire un tour dans l’art, dans le rien, dans le temps qui passe, dans la vie, d’éviter l’ambiguïté des combats, de fuir les fausses solidarités, la naïveté vraie ou fausse qui confond le goût du pouvoir avec la lutte pour des idéaux. Par goût du silence et des mystères sans réponse, de l’inutile aimé pour lui-même. Pour se laisser aller à une misanthropie tranquille qui pourrait être aussi une meilleure façon, détachée, d’être avec. À distance avec les autres, avec le monde, par les milles et uns détours de la pensée et des impressions fugitives.

Ces deux volontés nous habitent tour à tour. Ce blog sera schizophrène ou ne sera pas.

Forcément, nous avons hésité sur le nom. Répliques ? Il faut en effet répondre, attaquer, brasser la cage. Jeter les gants et jouer les Don Quichotte avec la part de folie nécessaire. Monter sur la scène aussi petite soit-elle. Le théâtre est peut-être une illusion mais qu’est-ce qui ne l’est pas ? D’ailleurs j’aime me battre, même si la plupart des combats semblent trop mesquins pour s’en mêler. Ma thèse sur Tocqueville m’avait fait rencontrer cette phrase, dans sa correspondance, que je cite de mémoire – si Dieu existe, je ne lui demande que la possibilité de lutter dans les combats essentiels. Qu’est-ce que l’essentiel ? À chacun de décider pour soi. Le premier combat est avec nous-mêmes.

Les flâneurs ? L’idée de flânerie évoque une certaine légèreté, elle annonce qu’on ne se prend pas trop au sérieux. N’est-ce pas une forme de politesse envers les autres que la distance et l’ironie prise avec soi-même ? Mais l’ironie est un condiment dont on ne doit pas abuser. Les deuxième et troisième degrés n’existent pas pour eux mêmes. Ils donnent une saveur mais ne nourrissent pas. Il faut savoir revenir – humblement, j’allais dire – au sens premier, à la rugueuse réalité.

Voilà comment on doit entendre le titre retenu, Digressions : la volonté de prendre en compte les nuances et la complexité, et de donner droit aux détours, mais sans jamais perdre de vue l’essentiel.

Le blog de deux professeurs de philosophie politique souffrira probablement d’une certaine déformation professionnelle. Mais pas trop. Un blog n’est pas une revue avec comité de lecture. On se surveillera. Le but est de viser ce qui compte vraiment dans les enjeux politiques de l’heure tout en sachant que la politique n’est pas grand chose si elle ne rejoint pas tout le reste.

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